Obus et dentelles
* "Le roman de Martine Gasnier constitue un salutaire rappel d’une dévalorisation de l’image féminine, alors que, paradoxalement, on fait appel au dévouement patriotique dont la finalité reste un contrôle des ventres, l’oubli du droit des femmes et du droit de vote reporté aux calendes grecques." Lire l'article de Michel Martinelli (27/10/2025) --> https://encres-vagabondes.com/magazine11/gasnier.htm
* Tous livres, informations, images, films, relatifs à la guerre me perturbent car, qui a fait la guerre est marqué à vie par cette implacable réalité, tueuse des illusions auxquelles l'adolescence vous avait fait croire.
Celle qui fut la directrice de l'Office départemental de la culture de l'Orne reste fidèle dans ce récit à ses phrases denses, ses chapitres courts et à une langue française qu'elle aime, respecte, et maîtrise. C'est construit, pensé, avec des références puisées dans l'histoire.
Et une nouvelle fois dans le tumulte de l'action émerge le couple, la rencontre amoureuse, dont la vitalité est capable d'affronter l'injustice. Mais cette fois, la mort peut avoir le dernier mot. C'est ça l'horreur de la guerre, définitive, irréparable, avec ses terribles souvenirs qui ne vous lâchent plus.
La bourgeoisie de 1914 qui a succédé à une noblesse finissante a compris que le pouvoir de l'argent sera aussi contraignant pour le peuple et il suffit pour s'en convaincre de lire les règlements d'entreprises de l'époque dont le contenu est un défi à la démocratie. Ils dévoilent son vrai visage en ces textes déshonorants. On n'est plus du tout au temps où de nobles officiers français proposaient: « Messieurs les anglais tirez les premiers ». On n'a plus de ces déférences de gens bien nés, la fin justifie les moyens, la seule chose qui règne après les rois, c'est l'argent.
La femme en ce début de siècle est encore cette variable d'ajustement qu'on n'hésite pas à mettre dans toutes les conditions: servante, repos du guerrier, subordonnée soumise. On ne lui accordera pas même le droit de protester, d'avoir des idées, de débattre. Qui plus est, on reproche aux femmes de prendre le travail des hommes. Le naissant travail à la chaîne est une aubaine pour un patronat qui veut rémunérer au minimum le travail.
On ne facilite pas la venue d'une femme écrivaine qu'on relègue aux oubliettes et encore moins en politique. Ils ont eu la vie dure, ces préjugés issus d'un autre temps. C'est aussi le début de la manipulation médiatique par la radio, arme efficace de propagande et de désinformation.
Mais les circonstances de la venue des femmes dans les usines en ces très dures années où elles ont fait preuve de vitalité, de courage et de combativité, seront l'opportunité de leurs premiers pas vers leur future évolution et leur accès aux plus hautes responsabilités.
Les syndicats essentiellement masculins sont dans leur timide début, pas assez structurés et soutenus, et tiennent aussi les femmes à distance. Mais cette guerre favorisera aussi leur avènement et l'arrivée des femmes en leur sein.
Au moment où tous les pays du monde renforcent leur potentiel militaire, ce livre nous incite à une réflexion en profondeur sur ce que pourrait être notre avenir. Robert Cadyck (14/10/25)
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* ... Une belle lecture émouvante..... Babelio-askarticle (7/10/25)
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* Voilà un bref ouvrage, écrit d'une plume élégante. La romancière y explore avec finesse le ressenti de son héroïne, Hélène, restée seule à Paris après le départ de son mari pour le front en 1914. Angoissée, comme tant d'autres, à l'idée qu'il ne revienne pas, elle s'engage dans l'usine de munitions d'André Citroën, quai de Javel. le récit suit la vie de ces femmes : munitionnettes, midinettes et autres marraines de guerre pendant la Grande Guerre.
"Après avoir cru à une fulgurante victoire, le gouvernement avait compris que le conflit risquait de durer, et la nécessité de vaincre imposait que l'on fabriquât en masse armes et munitions. Mais le départ des hommes pour le front privait cruellement le pays de leur force de travail. Ne restaient que les femmes dont on finit par admettre que leur contribution à l'effort de guerre serait déterminante pour l'issue des hostilités. On procéda donc au recrutement de milliers d'ouvrières dont beaucoup ne voyaient dans le travail à l'usine qu'un moyen de compléter la maigre pension que leur allouait l'État en tant que conjointes de mobilisés."
(Page 21 de l'édition Zinédi.)
Le rôle des femmes pendant la guerre de 14-18, et par conséquent le rôle de la guerre de 14-18 dans l'émancipation des femmes, est ici abordé avec finesse, parfois même avec un brin d'espièglerie, tant elles furent l'objet d'attitudes réactionnaires ou franchement misogynes. Les Britanniques se sont déjà intéressés à leurs chauffeurs des tramways de Glasgow, partis en masse combattre en France et remplacés par des femmes, les premières conductrices de tramway du pays. En dehors de la classe ouvrière, dans la mouvance des suffragettes, on connaît aussi les remarquables doctoresses écossaises établies à Royaumont en 1915, dans le Scottish Women's Hospital, ou la philanthrope suédoise Lizzy Lind-af-Hageby et ses hôpitaux vétérinaires de la Croix Violette. Les Mémoires de Jeunesse de Vera Brittain viennent enfin d'être traduites en français.
Si le récit de Martine Gasnier est une oeuvre de fiction, il s'appuie de toute évidence sur une belle maîtrise de l'histoire du mouvement ouvrier parisien pendant la Grande Guerre. On peut supposer que l'auteure s'est minutieusement documentée sur cette guerre. En témoigne la description d'un objet d'artisanat de tranchées, qui orne encore de nos jours de nombreuses salles de séjour dans les familles françaises :
"Noël arriva et Lucien fut de retour. Il avait apporté dans son paquetage le cadeau qu'il offrirait à sa femme, un cadeau patiemment fabriqué de ses mains pendant les heures interminables où les poilus désoeuvrés s'ennuyaient dans les tranchées. Beaucoup avaient trouvé dans l'artisanat une forme d'exutoire. La création d'objets, si modestes fussent-ils, les rassurait sur eux-mêmes, et bientôt on rivaliserait d'imagination. Les objets du quotidien furent délaissés au profit d'un travail où le sens artistique de chacun s'exprimait. le champ de bataille fournissait sans compter les métaux provenant des munitions tirées. Les soldats ramassaient ces dépouilles assassines pour réaliser leur transmutation. Parmi elles, les douilles d'obus étaient plebiscitées. Après plusieurs étapes de préparation, elles étaient livrées au graveur qui parachevait l'oeuvre. On avait alors sous les yeux d'étranges vases au décor parfois délicat de fleurs champêtres qui s'affichaient tel un défi à la mort. C'était l'un d'eux que Lucien, aidé d'un camarade, avait créé pour Hélène et, durant quelque temps, il s'était réjoui de lui préparer cette surprise."
La description des conditions de travail des munitionnettes, des accidents et des maladies est saisissante :
"Avec les mois de labeur accumulés, un grand nombre d'ouvrières, voyaient leur belle santé s'étioler. Sous l'effet du TNT toxique auquel elles étaient constamment exposées, peau et cheveux prenaient une couleur jaune. Au bout d'un certain temps, elles ressemblaient à de pauvres créatures, peut-être à des canaris mis en cage. C'était pour beaucoup le début de l'intoxication, dont les signes avant-coureurs se traduisaient par un rhume accompagné de son cortège de maux avant que le système sanguin et les reins ne fussent atteints."
Le texte contient peu de dates, mais le moment de la bataille de Verdun constitue un tournant du récit. Affranchies de la tutelle des hommes, soumises à des cadences de travail infernales, ces femmes s'organisent et engagent une lutte pour leurs droits, aussitôt jugée subversive, dans une ville désormais la cible des bombardements allemands. La victoire des soldats français sera-t-elle aussi celle des ouvrières du quai de Javel, qui fabriquaient leurs obus ?
Un ouvrage généreux et engagé, documenté, maîtrisé, fort bien écrit, que l'on a grand plaisir à faire connaître et à partager. Je remercie les éditions Zinédi ainsi que Babelio et son opération "Masse Critique" de m'avoir fait découvrir ce livre qui m'a touché. Babelio-EricNGF (26/09/2025)
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* Première guerre mondiale, les hommes sur le front et les femmes embauchées dans les usines de fabrication d’obus. Plus qu’un travail, cette activité sera pour toutes un premier pas vers leur émancipation. Du féminisme avant l’heure ! Avec sa plume délicate et précise, Martine Gasnier nous emporte aux côtés d’Hélène et Marguerite, deux femmes courageuses et attachantes. Un roman documenté, absolument captivant, un grand coup de cœur ! Frédérique - Librairie Le Goût des mots -Place des libraires (30/08/2025)
Un Rital à la mine
* La xénophobie n’est pas une idée neuve dans notre pays, bien malheureusement. Et cet ouvrage nous le prouve, ô combien ! La France s’est constituée au fil du temps, des siècles, de strates sociologiques multiples. Des populations qui, pour des raisons le plus souvent économiques, voire politiques, se sont progressivement intégrées à notre substrat social et démographique. C’est ainsi que Polonais, Portugais, Espagnols, Italiens, Marocains, Algériens, et bien d’autres, ont fini par devenir le socle de notre cher et vieux pays.
Cet opus nous raconte l’histoire d’un de ces modestes macaronis, qui a fui la misère de son terroir d’origine, pour devenir, par le plus grand des hasards, mineur de fer en Normandie, déclenchant un véritable parcours de vie.
Un ouvrage à faire lire dans toutes les écoles, à l’heure où de sombres horizons reviennent nous hanter, comme si l’Homme ne tirait jamais de leçons de l’Histoire. Jean-Michel Isèbe (30/10/2024)
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* Nous y suivons Emilio, immigré italien qui décide de quitter son pays natal pour travailler dans une mine de fer près de Caen et fuir la misère. De nombreux étrangers grossissent en effet les rangs des usines en manque de main d'oeuvre masculine.
Emilio arrive avec l'espoir de vivre une vie meilleure et se heurte rapidement au racisme, aux conditions de vie épouvantables dans les mines et aux conflits avec les autres communautés. Malgré tout, il tisse des amitiés, découvre la solidarité de ces travailleurs confrontés au pire et tombe amoureux. Le récit aborde aussi les grèves qui ont jalonné les mines, cette société très hiérarchisée où sortir de sa condition paraissait impossible voire vécu comme une trahison envers ses camarades.
La toile de fond historique est aussi la montée du fascisme en Italie et les bouleversements qui aboutiront au pire dans ce siècle de bouleversements sociaux et politiques.
Emilio apparaît comme un personnage attachant, courageux, touchant sous la plume délicate de l'autrice. L'écriture est précise, le vocabulaire soutenu comme pour rendre un hommage lumineux à ces travailleurs de l'ombre.
Je recommande vivement ce puissant court roman. Babelio-Talotte (20/10/2024)
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* À travers le parcours d'Emilio, un immigré italien arrivé à la mine de fer de Soumont-Potigny, Martine Gasnier dresse un portrait poignant de l'âme humaine en temps de crise.
Le récit débute dans un paysage meurtri. Les hommes, laissés sur le champ de bataille, font cruellement défaut. C'est dans ce contexte qu'une politique d'ouverture aux travailleurs étrangers s'impose, et les Italiens, animés par l'espoir d'une vie meilleure, affluent en France. Martine Gasnier évoque avec justesse la douleur de ces immigrants, qui fuient la misère d'un pays en proie à des turbulences.
Et parmi eux, Emilio, un personnage touchant, à la fois plein d'espoir et d'angoisse. Son intégration dans le monde de la mine s'avère une épreuve. La mine, devient à la fois un lieu de solidarité et de conflits. Les camaraderies forgées dans la pénombre des galeries contrastent avec les tensions interethniques et la montée des idéologies xénophobes.
L'autrice montre avec finesse comment l'amitié et la solidarité, naissant dans un contexte difficile, sont souvent menacées par la jalousie et la peur. Emilio devient le miroir des espoirs déçus et des frustrations d'une génération qui cherche à se reconstruire.
La plume délicate de l'auteure évoque les douleurs des immigrants, mais aussi les petites victoires de ceux qui osent espérer et lutter pour un avenir meilleur. Babelio Lovebooks200 (8/10/24)
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* ... Et tout cela est écrit dans une langue française riche en vocabulaire et en verbes, dense aux chapitres courts qui vont à l’essentiel... Robert C.( 02/10/24) pour lire l'intégralité de la note de lecture rendez-vous sur la page LIVRE D'OR
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* En lisant ce roman l’auteure nous fait vivre cette période de façon très sincère comme si elle avait vécu elle-même dans la mine. Félicitations ! Micheline (27/09/24)
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* A peine revenus de Mortagne avec votre nouveau livre, je m'y suis plongée et ne l'ai pas quitté ou presque. Descriptions réalistes, imagées, je me voyai à Potigny. Merci de nous faire partager si vivement cette tranche d'histoire, avec le bonheur de votre écriture. Ça me donne envie d'aller à Potigny. Continuez à m'emporter dans vos aventures... Béatrice (24/09/24)
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* Saviez-vous qu’il y avait eu des mines de fer en Normandie ? Nous suivons, dans ce très beau roman, des travailleurs italiens venus dans la région entre deux guerres pour devenir mineurs. Nous faisons notamment la connaissance d’Emilio, qui connaîtra l’amitié et la solidarité, l’amour, et aussi la violence et le racisme... Des thèmes qui résonnent particulièrement aujourd’hui, et ce formidable roman en est le reflet, entre fresque historique et sociale et un bel élan romanesque qui nous emporte. Frédérique - Librairie Le Goût des mots Place des libraires (11/09/2024)
"Résidence à l'école" au lycée de Domfront-en-Poiraie de mars à mai 2024 - Un florilège extrait des lettres adressées par les élèves à l'auteur :
- "... Nous tenons à vous remercier de votre présence et de toutes les connaissances que vous avez pu partager à nos côtés. ... Nous avons également découvert les joies de l’écriture auprès de vous, que ce soit avec nos plaidoyers ou même en découvrant vos merveilleux livres..." A. & U.
- " Durant cette séquence avec vous, vous nous avez apporté beaucoup de savoirs.... Partager ces séances avec vous nous a permis de nous épanouir tout en enrichissant nos connaissances..." G.
- "... C’était un réel plaisir de vous voir dans notre classe le jeudi matin, de pouvoir communiquer avec vous, et de nous avoir raconté quelques-unes de vos expériences..." L.
- "... j’ai découvert des informations sur le 19e siècle, et cela m’a permis d’approfondir mes connaissances sur cette période historique... Ainsi, j’ai pu améliorer mes talents d’écriture, et aussi partir plus confiante pour le bac de français...J’ ai également pris beaucoup de plaisir à communiquer avec vous, et vos connaissances sur l’histoire m’ont beaucoup impressionnée..." S.
- "... J'ai pu découvrir de nouveaux styles littéraires, cela m'a permis d'ouvrir ma culture..... D'habitude, je lis des thrillers mais j'ai apprécié la lecture de vos œuvres..... Ainsi que sur votre parcours professionnel, qui m'aide pour mon parcours plus tard...." J.
- "... Vous avez été d'une grande inspiration durant ces séances d'Humanités Littérature et Philosophie. Etant à l'écoute, vous avez su nous enrichir par des connaissances riches et intéressantes...Votre expérience est un atout pour notre jeunesse..." Z.
Pour aller plus loin en pdf :
Historique Livre d'or (fév. 2024 à déc. 2022) (159.73 Ko)
Historique Livre d'or (nov. 2022 à mai 2011) (186.13 Ko)